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Bernard
Vercruyce
Pourquoi je peins et en particulier des chats
Ecrire
quelques impressions sur mon oeuvre consacrée au chat, voilà une
chose extrêmement difficile pour moi. Si je savais écrire, cela se
saurait et si certains ont cette facilité en plus de celle de
dessiner, ce n’est malheureusement pas mon cas. Mon expression
passe par le pinceau uniquement et je déteste confier les émotions
que je vis avec ma toile. J’ai ce besoin intime du secret de
l’amant jaloux : l’oeuvre reste à moi, même chez les autres.
Mais
le chat, objet de notre admiration commune, ne mérite-t-il pas cet
effort de ma part ? Voici donc quelques lignes qui dévoileront
peut-être pourquoi je me consacre au « Roi des Rois ».
...Pourquoi peint-on ? Je me le demande tous les jours. Cette
activité futile n’a apparemment d’intérêt que pour l’artiste.
Pourtant si le résultat est tant apprécié, c’est qu’un grand
nombre de personnes se retrouve dans l’image interprétée au point
de la désirer.
Je
pense qu’il faut voir dans la peinture un refuge, une construction
d’un monde où la réalité n’est que rêve. C’est se créer son
univers, son climat, son atmosphère, pour se protéger du
tourbillon de la vie. D’ailleurs ne faut-il pas y voir là le
succès de l’art ? Cet artifice, cet appui à la fuite sont en fait
un repos de l’esprit.
Les
poètes de la couleur se souviennent de l’enfant qu’ils ont été. Ce
monde onirique n’est qu’une suite de sensations, d’amour, de
détresse et d’aspiration à l’absolu, qui explosent comme par
magie. Certains parleront de don. Mais je crois davantage à
l’envie de communiquer, de dire, de crier, de s’étaler, de se
dénuder, de ce besoin de peindre qui submerge votre vie
quotidienne.
La
création est cette soif d’exister, de se perpétuer au-delà de la
mort, mais c’est aussi la critique acerbe d’un monde que l’on
désire autrement.
Cette
perfection, je l’ai imaginée et trouvée dans le symbole du chat
qui est venu me prêter « patte forte ». Par sa grâce, il est pour
moi, l’image même de la femme. Il se déplace comme un mannequin de
chez Dior, ronronne jusqu’à vous faire croire que vous êtes l’être
le plus important de sa vie, et est l’éternel féminin quand son
regard langoureux bascule dans le vôtre. Le jargon populaire, dans
sa sagesse quelquefois osée, ne s’y est pas trompé. Son
indépendance est légendaire et sied si bien à ces dames! Comme
pour elles, il nous faut les reconquérir tous les jours.
Quant
au philosophe qu’il est, nous le savons tous depuis Bouddha.
Compagnon privilégié de l’écrivain, il n’a pas l’angoisse de la
page blanche. Il rumine sa réflexion inlassablement et la confie,
parfois, parcimonieusement, par quelques reflets d’or échappés de
ses paupières entrebâillées, à destination de rares initiés. Le
chat figure si bien la féminité que l’on souhaiterait qu’il
symbolise aussi l’être humain en général, mais indiscutablement
l’homme n’est qu’un pâle reflet de ce Dieu vivant. Et si quelques
terriens lui consacrent leur vie ou leur œuvre, ce n’est qu’une
maigre compensation pour ceux qui « veillent » sur nous depuis la
nuit des temps.
Comme vous le constatez, la perfection est de ce
monde. Faut-il encore « fermer » les yeux pour la voir. Moi, j’ai
trouvé ma muse et vous ?...
Félinement
vôtre.
Bernard Vercruyce
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